1# – PORTRAIT EXTRAORDINAIRE – rencontre avec une psychomotricienne

Interview d’une psychomotricienne

Aurélie, malgré un emploi du temps millimétré a réussi à nous accorder une petite interview pour découvrir au mieux son métier et sa façon de travailler. Cette psychomotricienne diplômée depuis plus de 15 ans, intervient aussi dans un d’accueil petite enfance et est formatrice pour plusieurs organismes (dont l’association Bien-Traitance Formation et Recherches). Elle continue à se former elle-même, notamment en ce moment sur l’intégration des reflexes archaïque. 

Comment se passe une séance de psychomotricité type ? 

Les séances suivent un projet qu’on appelle projet thérapeutique une fois que  l’enfant a été est vu en bilan psychomoteur, on met des axes de projets.  Les séances suivent la logique qu’on s’est fixé. Les objectifs sont revus en fonction de l’enfant, de ce qu’il peut faire et ce qu’amènent les parents.

Parce que les parents assistent aux séances ?

Avec les petits, le plus souvent oui.  on entend ce qu’il se passe à travers leur témoignage (la vie à la maison, à l’école dans son environnement global). La séance se construit entre les objectifs qu’on a à court et moyen terme. Il faut savoir la où en est et suivre ses objectifs.

Face a un enfant agité qui a des difficultés attentionnels, qui a du mal à se contenir, il va être recommandé de poser un cadre.

A quel moment les parents n’assistent plus aux séances ?

Quand on voit des enfants jeunes la question se pose de quand on arrête de travailler avec les parents. C’est un processus. C’est souvent autour de l’entrée à l’école, mais pas forcément. On sent quand il y a un intérêt de vivre la séance seul, autrement.

Tu parles d’approche, tu peux nous en dire plus ? 

La psychomotricité est une profession assez jeune (année 70) qui est née de plusieurs sources. Ya des courants théoriques du coté de l’éducation physique et sportive, d’autres du côté de la psychologie du développement, et maintenant du coté des neuro science.

Dans « psychomot », il y a « psycho » c’est la tête, et « moteur », le corps. Entre les deux, ça circule. Globalement, on a une approche assez psy et aussi pratique grâce à une approche corporelle.

Alors la question de Est-ce qu’on est plutôt « psy » ou plutôt « mot’ » elle se pose et chacun a tendance à la poser car le nom du métier l’appelle et diffère selon les personnes. On exerce la même profession, mais chacun l’exerce différemment selon ses champs théoriques et courant auxquels il adhère, en rapport avec son école de référence. Le regard porté sur l’enfant diffère selon chaque praticien, si on est de culture psychanalytique. Après cela varie aussi avec l’enfant. Ça reste  une approche globale. L’approche corporelle permet d’améliorer les fonctions créatives exécutives. On utilise le corps comme médiation pour améliorer le coté relationnel.

Un peu comme en kiné ou l’ergothérapeute ?

Le kiné recherche l’amplitude, la tonicité la souplesse ligamentaire, la technicité. On a une approche complémentaire.  Ses objectifs à lui sont centrés sur la chaine articulaire. En psychomot, les aspects émotionnels sont à prendre en compte. (L’intention, l’initiative de l’enfant, mobilité globale etc.)

L’ergothérapeute sera plus sur la technicité de l’adaptation du geste juste et de la réadaptation nous on se positionne plus dans le plaisir du mouvement

Sais-tu comment les familles financent-elles ces séances ?

En libéral c’est sur fonds propres.

Après, il y a une prise en charge MDPH si le suivi est justifié

Puis ensuite c’est un peu bricolage et débrouille :

  • Certaines mutuelles font des prises en charge partielles
  • L’obtention d’un remboursement sécu mais ça reste exceptionnel.
  • Il y a aussi des fonds des Comité d’entreprises et une possibilité de prise en charge par des fondations aussi. Des réseaux comme « TAP » (trouble aux apprentissages) mais ça reste marginal.
  • Eventuellement le CCAS.
Souvent les parents sont pressés devant les progrès de leur enfant.  Quelle est la meilleure attitude à avoir  ?

En libéral, les psychomot sont mis devant la question du temps, et des progrès qui doivent être visibles du fait que les familles paient les séances. C’est motivant pour tout le monde s’il se passe des choses. Après c’est un travail de dire ce qu’on peut atteindre ou espérer comme objectif. Pour le même trouble de départ, pour la même demande, il ne va pas y avoir la même cause et le même mode opératoire, actions et évolutions. Il faut faire des points réguliers et être le plus honnête possible les uns avec les autres.

Si y’a pas d’évolution, soit la stratégie n’est pas la bonne soit il y a autre chose qui n’a pas été diagnostiqué

Pour les parents qui n’ont pas de diagnostic, pouvez-vous aider les familles à avoir un diagnostic ?

C’est précisé dans le décret constitutif de la profession  « le bilan psychomoteur contribue au diagnostic » sur nos aspects à nous. On relève un certain nombre de chose, on met des « scores », des notes, notamment sur les troubles de la coordination, d’intention, motricité fine. A la fin du bilan psychomoteur, il peut y avoir des pistes de diagnostic comme « l’enfant présente des difficultés qui évoquent un trouble des acquisitions et de la coordination et ou retard de développement en lien avec une hypotonie de fond »

Parce que le retard de développement constitue un diagnostic ?

C’est compliqué. Ce n’est pas une étiologie, ce n’est pas une cause.  Certaines familles n’arrivent pas à se contenter de ça comme diagnostic

A certaines étapes de développement ce n’est pas facile de faire un diagnostic

Quel est ton avis sur l’inclusion scolaire des enfants porteurs de handicap ?

Oui entièrement pour ! On sait qu’un enfant qui est scolarisé, même pas très longtemps avec les autres va avoir un bénéfice.  Même en maternelle ça a des effets positifs sur le développement. Après, il y a une forme d’hypocrisie qui est que on sait qu’il faut faire mais on ne se donne pas les moyens.  Je pense notamment au AVS qui sont très peu formées..

L’inclusion ne doit pas se faire à n’importe quel prix, elle doit se faire de manière respectueuse pour chacun.

Selon ton expérience, en quoi les familles se surpassent-elles ? (Avez-vous des exemples de familles qui ont fait de cette épreuve, une force!)

J’ai suivi le papa d’un petit garçon autiste, fâché par le système qui a monté une structure. On comprend la rage et la colère. C’est intéressant de la comprendre.

Beaucoup de parents remuent ciel et terre et font au mieux qu’elles peuvent. Elles  modifient leurs contraintes de travail, (parfois elles arrêtent de travailler) se réorganisent et mobilisent la famille

Certains parents changent de métier, pour des métiers de soin.  Plusieurs familles sont parties en province et se rapprochent de leur famille. Le projet parental se réorganise pour permettre à l’enfant de se développer dans des meilleures conditions.

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