6# – Portrait eXtraordinaire : Catherine, enseignante spécialisée – Focus sur le dispositif ULIS

Catherine est le genre d’enseignante qu’on n’oublie jamais en tant qu’élève ou parents d’élève. Celle qui fait changer le cours des choses, qui change le parcours d’une vie.

Catherine me reçoit dans sa salle de classe. Une classe atypique, spacieuse, avec seulement quelques chaises disposées en demi cercle. Elle m’apprend qu’il y a différents dispositifs ULIS : élémentaire, collège, lycée. On se penche ici sur le collège où Catherine, enseignante spécialisée, accompagne des élèves souffrant de troubles de la fonction motrice.

Comme beaucoup d’enseignants, pour Catherine, l’enseignement est une vocation. Elle a toujours voulu être institutrice.

Durant ses 22 ans d’enseignement en primaire, elle n’est jamais restée plus de 4 ans à un même niveau, animée d’un besoin de tout expérimenter. Intéressée depuis longtemps par le milieu hospitalier et le handicap elle a finit par se spécialiser. Elle a pris conscience qu’une partie de la population était en dehors de tout système scolaire et malgré son expérience en école, elle ne connaissait rien au handicap.

Elle m’apprend que son métier a beaucoup évolué et est en pleine mutation.  Avant les enseignants spécialisés avaient leur classe et s’occupaient de leurs élèves. L’idée aujourd’hui est plus centrée sur une véritable inclusion où l’élève aux besoins spécifiques est dans une classe « normale » et participe à tous les cours comme les autres. Et pour se faire, elle doit solliciter ses collègues de classe ordinaire en faisant de la pédagogie. Car les autres enseignants ne sont pas formés et sensibilisés. Cela signifie aussi que c’est aussi à l’enseignant non spécialisé d’adapter ses cours. L’enseignant non spécialisé est sollicité afin que l’inclusion se passe au mieux. Par exemple, si l’enfant a des problèmes d’écriture, il sera demandé au professeur d’imprimer ses cours, pour que l’élève ne soit pas pénalisé quant à la prise de note. Cela demande de l’écoute et de la communication.

Catherine insiste vraiment sur la qualité de ce dispositif. Et son expérience prouve que ce dispositif a « sauvé » beaucoup d’élèves. Même si elle reconnait que ce n’est pas suffisant.

 

Retour d’expérience sur ce dispositif

 

 

Concrètement, comment se déroule la mise en oeuvre du dispositif Ulis ?

L’enseignant spécialisé détermine au cas par cas les temps de classe ordinaire et spécialisé de chaque élève. La plupart du temps, les élèves en situation de handicap ont le même emploi du temps que les autres, sauf cas particulier. Par exemple, un élève avec des troubles dyspraxiques,  logico-mathématiques, et de l’attention ne peut pas aller en cours « classique » de maths. J’interviens alors en tant qu’enseignante, (pas coordinatrice) et je lui fais cours. Cela signifie que pendant les heures de mathématiques, il me rejoint dans dans ma classe.  En revanche, si malgré ses difficultés il peut suivre le cours « ordinaire », je vais dans sa classe, avec son professeur. On travaille en équipe. Là, je l’accompagne dans la compréhension, je surligne, je réexplique…Dans les deux cas, j’adapte les mathématiques à son niveau à ses besoins.

Parfois les adaptations sont simples, mais il faut sensibiliser et impliquer les autres enseignants. Autre exemple, pour faire des économies de papier on a tendance à mettre beaucoup de textes sur un même document. La lecture est alors complexe pour un élève qui a son champs visuel altéré (trouble visuo-constructif, dyslexie…) La page devient un champ d’information incompréhensible pour l’élève. L’adaptation consiste juste à agrandir, épurer, séparer images du texte. Chaque enseignant non spécialisé peut adapter ses cours aux besoins spécifiques d’un élève avec mon accompagnement.

 

 

Cours en classe, l’élève est accompagné par le professeur spécialisé qui lui enseigne comment utiliser l’ordinateur en cours. Les professeurs donnent leur cours par clé USB.

 

Comment a évolué votre métier ?

Depuis la loi 2005, l’inclusion est une priorité. Nous, les enseignants spécialisés, sollicitions nos collègues pour une inclusion totale dans la majorité des cas, même si l’élève a une lenteur d’exécution, un trouble important de l’écriture ou un déficit de l’attention. Les élèves sont inscrits dans leur classe, participent à tous les cours et bénéficient de l’aide du dispositif ULIS :

  Soit j’accompagne en classe, pour lui donner les adaptations dont il a besoin et faire le lien avec le professeur, soit c’est  l’AVS qui accompagne parce que l’élève à besoin d’une aide à l’écriture (comme dans tous dispositifs ULIS, il y a une AVS co pour aider les élèves).

  Soit les difficultés sont plus importantes, l’élève a besoin d’un cours adapté à son niveau ou à son rythme, alors je le prends en regroupement, c’est à dire dans ma classe, à part, sur son temps de classe pour le remettre à niveau, voir ce qu’il lui manque.Puis, je vois s’il peut revenir dans sa classe. 

C’est vraiment du sur mesure.

 

 

 

Avoir des repères dans la classe :
– son emploi du temps, celui de la classe et/ou le sien aménagé (moins d’heure de cours ou cours au dispositif ULIS)
– son casier pour ranger ses affaires (moins de poids dans le cartable, chaque élèves a deux jeux de livres un à la maison et un au dispositif, il n’a pas besoin d’emmener ses livres)

 

Finalement vous êtes doublement spécialisée : par votre formation handicap et par le fait que vous enseignez toutes les matières ?

Oui, je suis multi-tâches, je suis sensée faire toutes les matières, comme un enseignant de classe élémentaire. Et ma formation me permet de disposer d’outils et adaptations nécessaires pour répondre aux besoins des enfants en situation de handicap.

Je suis aussi médiateur (entre les parents et les autres professeurs) et coordinateur.

 

C’est vraiment différent de l’élémentaire, non ?

En élémentaire les enseignants ne sont pas encore habitués et se demandent pourquoi avec toutes les difficultés qu’ils rencontrent (classes surchargées…) c’est à eux de prendre en plus un élève avec handicap. Ils souhaiteraient ne pas se retrouver seuls face à cette difficulté supplémentaire, pour laquelle ils n’ont pas eu de formation, et aimeraient être épaulé par un enseignant spécialisé dans leur classe »

L’idée ici, c’est de travailler avec les professeurs. Leur expliquer les particularités de l’élève, traduire ses besoins et trouver les adaptions nécessaires pour une meilleure scolarité. Certains profs au collège restent frileux. Je leur explique ce que j’aimerai qu’ils mettent en place pour éviter que j’aille dans leur classe.

J’essaye par exemple de récupérer les cours sur clé USB, ainsi je les communique aux élèves dans l’incapacité de prendre des notes et du coup je n’ai pas besoin d’être là. C’est bénéfique pour tout le monde. Je laisse l’enseignant tranquille et l’élève n’est pas stigmatisé par la présence d’un adulte qui s’occupe de lui.

 

De simples adaptations suffisent :
Éviter les photocopies en noir et blanc et préférer les couleurs (élèves troubles visuels)

Épurer le document.

Ne donner qu’un exercice sur la feuille Mettre des couleurs quand la feuille est sombre et qu’il est difficile de lire un tableau à double entrées.

 

On doit considérer chaque enfant avec sa particularité et le dispositif Ulis me permet de le faire. Alors que dans une classe dite « classique » on a tendance à uniformiser, ce qui est normal, avec seulement 12 élèves, je peux vraiment m’occuper d’eux au cas par cas.

J’ai le temps d’adapter. Et encore je fais beaucoup plus d’heures que prévu. Mais c’est vrai pour tous les enseignants. Ca serait plus facile avec moins d’élèves de donner à chacun ce dont il a besoin. De ne pas uniformiser, c’est compliqué en temps d’économie.

D’autant plus que j’ai l’impression que les élèves sont plus bruyants, plus agités, il y a de plus en plus de troubles de l’attention. Je suis enseignante depuis 27 ans, je vois une différence.  Quand j’ai commencé j’avais dans ma classe un cas particulier. Un cas spécifique sur 29 ça va ! Au fur et à mesure, ils étaient quatre puis cinq. Maintenant, on a une petite minorité d’enfants scolaires, « qui marchent bien »et pour la grande majorité, il faudrait adapter.

 

 

Comment se passent les relations avec les familles ?

Le fait que les demandes d’adaptations émanent de moi rend les choses plus simples. Ça se passe mieux que lorsque ce sont les parents qui demandent. Mais je demande aux parents d’être support de ce que je dis. J’aime que les parents aillent voir le prof pour discuter, expliquer ses besoins et particularités. Un prof a besoin de mettre un visage de parent derrière un élève. Je suis très favorable à cette communication. Parfois j’ai des parents qui sont très en colère envers certains enseignants et je sers de tampon. Je joue alors le rôle de médiateur. J’explique aux parents pourquoi telle adaptation n’a pas été mis en place, je les rassure. La communication est un élément important sinon les parents et élèves en opposition.

 

C’est difficile pour les parents de se rendre compte que son enfant ne pourra accéder à certains apprentissages. C’est normal. C’est rare qu’on soit en conflit avec parents. Ils sont demandeurs, ils se rendent compte de l’accompagnement, des adaptations. Ils sont dans la gratitude et reconnaissent que c’est grâce à cette aide que leur enfant  n’est pas en échec scolaire.

Reconnaître les difficultés d’apprentissages que rencontrent son enfant est parfois douloureux pour les parents, il faut alors les aider à cheminer vers l’idée qu’ils pourront s’épanouir autrement qu’en milieu scolaire. Il faut parfois les accompagner vers une autre orientation, plus spécifique et plus adaptée au projet de vie de leur enfant.

 

C’est déjà compliqué dans l’ordinaire, c’est d’autant plus difficile dans le handicap

Dans la classe du dispositif :

avoir des repères (mais ne pas surcharger d’informations)

être conscient de ce que l’on apprend

avoir une vue sur « avant » et « après »

De manière globale, vous êtes satisfaite de ce dispositif ?

Oui, très. On parle toujours de choses de manière négative. On ne voit pas ce qui est mis en place. Ce dispositif favorise l’inclusion. Tout le personnel (le principal, le principal adjoint, le gestionnaire du collège), est vraiment à l’écoute des besoins du dispositif ULIS. Il y a une telle bienveillance dans le handicap, une envie d’aider qui est extraordinaire. A part quelques enseignants qui ne comprennent pas, surtout dans le cadre du handicap invisible. Dans l’ensemble tout le monde est engagé avec cette volonté d’aider. En plus, j’ai beaucoup de chance : tout ce dont ont besoin mes élèves, je l’obtiens.  On me fait confiance. Ça fonctionne très bien.

On travaille l’inclusion et surtout la bienveillance. Mais on ne peut pas être partout. Les élèves ne doivent pas se définir par leur classe « toi t’es un Ulis ». Non ! C’est une élève au même titre que les autres, qui bénéficie d’un dispositif particulier. Je me bats contre les étiquettes. Je refuse ce terme et je reprends tout le monde en évitant ce terme. Je préfère qu’on dise tu vas en salle 007, pas spécialement pour faire référence à James Bond, (même si on en joue) mais tout simplement parce que c’est le numéro de ma classe !

 

 

Il faut que l’élève soit dans la revalorisation. Il a tout un passif, en élémentaire, maternelle, avant qu’on pose un diagnostic. Il y a quand même une longue période d’incompréhension des difficultés scolaires…« Il fait exprès ? Il n’apprend jamais ses leçons ? Pourquoi il écrit aussi salement ? Sa copie ressemble à un brouillon ».

Et quand il arrive ici, on lui dit que c’est normal, qu’on va mettre en place des choses pour l’aider et il va pouvoir reprendre confiance en lui. En 6ème, c’est compliqué, souvent ils refusent le dispositif, ils ont l’impression d’être stigmatisés.

Malgré tout, il y a des différences notées par les autres qui mettent en souffrance l’élève en situation de handicap. On doit mener un travail pour éviter les moqueries. Je me souviens d’un élève qui se sentait mal par rapport à son image ; il se rendait compte de sa différence. Il voyait bien qu’il ne pouvait accéder aux mêmes apprentissages que les autres. Ça a été très compliqué.  Aujourd’hui, après réflexions, réunions, discussions, les parents ont décidé de le mettre en IME. Il a trouvé sa place. Les parents restent décisionnaires sur ce genre de décision. Après, il peut revenir au collège s’il le souhaite. On donne notre avis pour le bien de l’élève mais ça s’arrête la. On accompagne les parents et l’élève pour que l’orientation soit la meilleure pour l’élève. Il faut que son orientation corresponde à sa vie d’adulte. L’idée est qu’il puisse accéder à une vie d’adulte autonome.

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