Le cannabis thérapeutique

Evaluation de la pertinence et mise à disposition du cannabis thérapeutique 

 

Le 10 septembre 2018, l’ANSM (Agence Nationale de Sécurité du Médicament et des produits de Santé) a créé pour un an un Comité Scientifique Spécialisé Temporaire (CSST) sur l’évaluation de la pertinence et de la faisabilité de la mise à disposition du cannabis thérapeutique en France.

Ce comité s’est déjà réuni à trois reprises afin

  • d’évaluer l’intérêt thérapeutique du cannabis dans le traitement de certaines pathologies ou certains symptômes de pathologies,
  • d’analyser les expériences d’autres pays l’ayant déjà mis en place et
  • de faire un état des lieux de la réglementation nationale et internationale sur le sujet.

 

Le comité a auditionné les parties prenantes pour recueillir notamment les témoignages et points de vue des représentants de professionnels de santé et des patients sur l’utilisation du cannabis à visée thérapeutique. La retransmission de ces auditions est disponible sur la chaine Youtube de l’ANSM. 

 

Le Comité estime, qu’il est pertinent d’autoriser l’usage du cannabis* à visée thérapeutique pour les patients dans certaines situations cliniques et en cas de soulagement insuffisant ou d’une mauvaise tolérance des thérapeutiques, médicamenteuses ou non, accessibles (et notamment des spécialités à base de cannabis ou de cannabinoïdes disponibles). Cet usage peut être envisagé en complément ou en remplacement de certaines thérapeutiques.

 

Les situations thérapeutiques retenues par les experts pour l’usage de cannabis à des fins médicales sont les suivantes :

 

  • les douleurs réfractaires aux thérapies (médicamenteuses ou non) accessibles ;
  • certaines formes d’épilepsie sévères et pharmacorésistantes ;
  • le cadre des soins de support en oncologie ;
  • les situations palliatives ;
  • la spasticité douloureuse de la sclérose en plaques.

 

Le cannabis thérapeutique, c’est quoi?

 

Le cannabis est utilisé pour ses qualités antalgiques, antispasmodiques, anti-inflammatoires depuis plusieurs milliers d’années en Chine, en Inde et au Moyen-Orient. Il doit ses effets à des molécules appelées cannabinoïdes, dont le THC (TétraHydroCannabinol), un agent psychoactif (qui modifie la perception), et le CBD (cannabidiol) à l’action relaxante.

Le THC synthétique (dronabinol) est commercialisé sous le nom de Marinol en France, mais sa prescription est soumise à une autorisation temporaire d’utilisation (ATU) nominative, une procédure qui en restreint considérablement l’utilisation (quelques centaines de patients en une vingtaine d’années).

Le CBD, utile pour traiter les convulsions, l’anxiété et les nausées, est présent à côté du THC dans le Sativex, un spray destiné à soulager des malades atteints de sclérose en plaques qui a obtenu son autorisation de mise sur le marché (AMM) en France en 2014 mais qui n’a pas été commercialisé faute d’accord sur le prix.

 

Cannabis et enfant avec épilepsie

L’exemple le plus célèbre est celui de Charlotte Figi, vivant au Colorado. Atteinte du syndrome de Dravet, elle subissait à l’âge de 5 ans une crise toutes les 30 minutes environ. On dénombrait jusqu’à 300 crises par semaine dont certaines pouvait durer plus d’une heure et cela depuis l’âge de 3 mois.

Elle était alors en chaise roulante, incapable de parler ni d’interagir avec son environnement. Après avoir essayé tous les traitements possibles, sans jamais rencontrer le moindre succès, Paige Figi la maman de Charlotte décida de donner à sa fille de l’huile d’une variété spéciale de cannabis contenant très peu de THC et beaucoup de Cannabidiol (CBD). L’état de Charlotte s’est alors grandement amélioré dès le début du traitement. Depuis son traitement, Charlotte a retrouvé sa motricité, n’a plus besoin de son fauteuil roulant. Elle n’est plus nourrie par tube et ses capacités cognitives se rétablissent très vite.

En France également, des mères de famille demandent régulièrement au gouvernement d’avoir la possibilité d’essayer d’utiliser de l’huile de cannabis médical pour soigner l’épilepsie de leurs enfants de manière légale et sécurisée. Ces demandes n’ont jamais obtenu de réponses positives, malgré l’urgence de la situation médicale des enfants touchés et toute la détresse de leur entourage.

 

  Toutes les semaines, des parents me posent la question, témoignait le Pr Stéphane Auvin au Figaro, neuropédiatre à l’hôpital Robert-Debré. Mais ce n’est pas parce qu’une molécule a eu un effet sur un patient qu’elle marchera chez tout le monde.

D’autant qu’avec l’épilepsie, rien n’est simple. «Il n’existe pas et il n’existera probablement jamais de médicament miracle, explique Christophe Bernard, neurobiologiste à l’Inserm. L‘épilepsie est une activité endogène du cerveau et une multitude de chemins peuvent mener à la crise. Un antiépileptique qui “bouche” l’une de ces routes ne bloquera pas les autres…»

 

Comment utiliser le cannabis contre l’épilepsie ?

Le cannabinoïde qui semble être le plus efficace pour lutter contre l’épilepsie est donc le Cannabidiol CBD. Il s’agit ainsi du principe actif de l’Epidiolex, un médicament développé par l’entreprise GW-Pharmaceuticals afin de lutter contre les formes les plus sévères d’épilepsie.
Fin 2013, l’Epidiolex a été autorisé aux USA par la Food and Drug Administration (FDA), en prescription orale contre le syndrome de Dravet.

Le CBD ne produit aucun effet psychoactif, ce qui n’est pas le cas du THC (et du THCV). Il possède aussi l’avantage de ne pas être toxique et de ne produire aucun effet secondaire grave, contrairement  à de nombreux médicaments utilisés couramment contre l’épilepsie.

L’huile de CBD contre l’épilepsie s’utilise avec une petite pipette sous la langue (sublingual), ou bien directement mélangée dans la nourriture. Les produits actuellement disponibles en Europe sont issus d’une extraction de chanvre biologique (contenant du CBD mais quasiment pas de THC), diluée dans une huile végétale (d’olive, ou de coco…). Il est important que tous les ingrédients soient issus de culture écologique, afin de ne contenir aucune trace de pesticides ni de métaux lourds.

 

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